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Les enfants et la guerre

Tous les membres d’une société subissent les conséquences des conflits armés dans leur région. Toutefois, l’ampleur de ces conséquences sur les groupes vulnérables, les enfants en l’occurrence, est souvent méconnue. En effet, les aspects de la guerre auxquels les enfants sont confrontés sont nombreux et leurs conséquences emportent sur leur développement tant physique que psychologique.

Les enfants amputés par des mines antipersonnel, ceux devenus orphelins à cause de la guerre ou devenus soldats pour pouvoir survivre ainsi que les enfants victimes de violence sexuelle et forcés à l’esclavage rappelaient et rappellent encore l’urgence pour la communauté internationale à agir.

Or, en 1989, les États membres des Nations Unies se sont mis d’accord sur l’élaboration de règles établies pour la protection des enfants. Celles-ci trouvent leur apogée dans la Convention relative aux droits de l’enfant qui consacre une large panoplie de droits pour les être humains âgés de moins de 18 ans. Ainsi, chaque enfant, quel que soit son statut social, économique, politique ou autre, a le droit au respect de ces droits.

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Les raisons de la participation directe des enfants dans les conflits armés sont nombreuses, avec des racines et des causes diversifiées.

D’abord, l’extrême pauvreté, la dispersion ou la perte de leur famille, l’adhésion à un groupe politique, religieux ou ethnique armé, la présence d’une zone de conflit à proximité, la violence urbaine, l’absence de structure de soutien social viable représentent certaines raisons qui expliquent l’engagement des enfants.

Laissés à eux-mêmes alors que les hostilités font rage, l’armée représente une possibilité d’avoir un toit, de la nourriture, un solde, un sentiment d’appartenance, voire même un statut social, mais certainement, une chance de survie.

Les enfants sont facilement manipulés et obéissants, sans avoir conscience du danger potentiel de leurs actes. Ainsi, ils peuvent commettre des actes cruels et atroces sans réticence, surtout lorsqu’ils sont sous l’influence de substances illicites.

La plupart du temps, de par leur plus petite taille et leur facilité à se cacher, les enfants sont souvent utilisés comme espions ou messagers.

De l’autre côté, le recrutement forcé par le kidnapping dans les écoles, les camps de réfugiés ou les maisons familiales ne constituent qu’une façon de se procurer des forces militaires abordables afin de perpétuer les conflits. Cette méthode de recrutement est aussi utilisée pour terroriser la population civile et exercer des pressions contre elle.

La prolifération des armes légères favorise la participation des enfants aux hostilités. En effet, puisque ce type d’arme est léger, il ne demande pas d’expertise particulière quant à sa manipulation, ouvrant ainsi la porte à la participation des enfants de tout âge aux manœuvres militaires.

L’engagement des enfants dans les conflits armés comporte des conséquences importantes sur le développement futur de la société. En effet, les conflits érodent les valeurs publiques ainsi que les structures sociales, économiques et légales nécessaires à éduquer adéquatement la jeunesse qui constitue la relève. De plus, la vulnérabilité des enfants est mise plus en évidence et compromet ainsi la paix et la stabilité pour les générations à venir.

Ainsi, de graves traumatismes psychologiques et physiques perdureront bien longtemps après les hostilités, et la réintégration des enfants à une vie normale repose sur plusieurs obstacles. Un problème de taille représente le rejet par leur communauté ou même par leur cercle familial. Le fait d’avoir servi pour un groupe armé a souvent comme conséquence de les stigmatiser, sinon de les marginaliser.

De plus, le processus de réintégration et de réadaptation peut s’avérer plus difficile chez les filles que chez les jeunes garçons. En effet, le fait d’être victimes de violence sexuelle, de viol, de prostitution forcée ou même de grossesse non désirée les stigmatise davantage et les rendent plus réticentes à demander de l’aide et à dévoiler leur réel problème.

Bien que les enfants puissent être engagés directement dans les conflits, il reste toutefois que les répercussions de la guerre sur eux sont plus larges. En fait, les mines antipersonnel, le déplacement des familles et la propension du VIH/sida sont des problèmes à prendre en compte.

D’abord, les enfants sont plus touchés par le danger des mines anti-personnel. En effet, ils deviennent plus à risque lorsqu’ils jouent sur un terrain miné, lorsqu’ils marchent sur le bord du chemin alors qu’ils vont chercher du bois ou de l’eau. D’autant plus que les conséquences de l’explosion sont plus grandes sur un enfant que sur un adulte, sans compter les années de traitement médical et de soutien psychologique et physique nécessaire.

Ensuite, les enfants sont souvent laissés à eux-mêmes après la mort d’un ou plusieurs membres de leur famille ou à la suite de déplacements massifs de population qui dispersent les familles de façon temporaire ou permanente. Ainsi délaissés, les enfants deviennent plus vulnérables et en quelque sorte asservis par qui veut bien les prendre sous leur aile.

Finalement, la propagation du VIH/sida est une des conséquences à laquelle les enfants doivent faire face. Souvent cibles de la prostitution forcée, des abus et de l’esclavage sexuel, les enfants sont plus susceptibles d'être atteints.

Statistiques

Le nombre d’enfants-soldats dans le monde entier se chiffre à plus de 300 000. Les estimations varient puisque les armées ne révèlent généralement pas le nombre exact des enfants dans leurs rangs. La majorité d’entre eux ont entre 15 et 18 ans, mais parfois des enfants de 7 ans participent activement et directement au conflit.

Les enfants-soldats se trouvent dans plus de 30 pays2, la majorité étant des pays africains (Congo, Ouganda, Libéria, Rwanda). Seulement en Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants-soldats s’élève à 120 000. Au Libéria, plus du quart des combattants sont des enfants.

Les enfants souffrent des conséquences directes et indirectes des conflits. Selon l’UNICEF,

2 000 000 d’enfants ont été tués entre 1990 et 2000, 6 000 000 d’enfants sont devenus handicapés dans la même période, et sur 22 millions de réfugiés, un sur deux est un enfant.

Instruments légaux

Le droit international humanitaire accorde une protection étendue à l'enfant. En cas de conflit armé, international ou non international, l'enfant bénéficie de la protection générale accordée aux personnes civiles qui ne participent pas aux hostilités. Lors d’un conflit international, l’enfant est sous la protection de la IVe Convention et du Protocole additionnel I, alors que lors d’un conflit non international, l'enfant a également droit aux garanties fondamentales telles qu’elles sont énoncées dans l’article 3 commun aux quatre Conventions de Genève, et le Protocole additionnel II.

La vulnérabilité particulière de l'enfant est prise en compte par les IIIe et IVe Conventions de Genève de 1949, et leurs Protocoles additionnels de 1977 prévoient aussi un régime additionnel de protection spéciale, applicable en cas de conflit international et non international. Ainsi, selon l’article 77 du Protocole additionnel I, « les enfants doivent faire l'objet d'un respect particulier et doivent être protégés contre toute forme d'attentat à la pudeur. Les Parties au conflit leur apporteront les soins et l'aide dont ils ont besoin du fait de leur âge ou pour toute autre raison. »

Les Protocoles additionnels sont les premiers instruments internationaux à se préoccuper spécifiquement de la participation des enfants aux conflits armés. Alors que le Protocole additionnel I oblige les États à prendre toutes les mesures possibles pour empêcher la participation directe des enfants de moins de 15 ans aux hostilités, le Protocole additionnel II interdit le recrutement et la participation directe ou indirecte au conflit. Le Protocole additionnel I prohibe de façon expresse leur recrutement dans les forces armées et encourage les Parties à recruter en priorité ceux âgés entre 15 à 18 ans.

Voir le tableau de synthèse sur les dispositions du DIH spécifiquement applicables aux enfants. (document PDF)

L’engagement de la communauté internationale d’offrir une protection accrue aux enfants s’est traduit par l’adoption du Statut de Rome, qui aux sous-alinéas 8(2)b)xxvi) et 8(2)e)vii4 définit la participation des enfants de moins de 15 ans aux conflits armés comme un crime de guerre. De plus, la Convention 182 de l’Organisation internationale du travail interdit « la traite des enfants, le servage, le travail et le recrutement forcé des enfants dans les hostilités ». Elle fixe à 18 ans l’âge minimum pour le recrutement forcé.

C’est en 2000 que des États se sont entendus pour renforcer la protection des enfants en adoptant le Protocole facultatif à la Convention relative aux droits de l’enfant. Le Protocole renforce la Convention de 1989 de plusieurs façons. D’abord, il stipule que l’âge minimum pour le recrutement obligatoire est de 18 ans. Ensuite, il demande aux parties d’augmenter l’âge de l’enrôlement volontaire au-delà de 15 ans ainsi que d’offrir une protection spéciale et des garanties pour ceux qui ont moins de 18 ans. Aussi, il demande aux parties d’offrir de l’aide financière et de l’assistance technique afin de prévenir l’enrôlement trop jeune et d’améliorer la réadaptation et la réinsertion sociale pour les anciens enfants-soldats. Finalement, il demande aux États de prendre des dispositions afin de minimiser les effets de la guerre sur les enfants en mettant sur pied, entre autres, des programmes de démobilisation et de réintégration spécialement conçus pour eux.


Liens

Section du Comité international de la Croix-Rouge sur les enfants dans la guerre 

Site de l’UNICEF, organe des Nations Unies dédiée à la cause de enfants

Site français consacré aux droits de l’enfant

Dossier d’Amnesty International sur les enfants et la guerre

Dossier sur les droits de l’enfant de Human Rights Internet (en anglais seulement)

Dossier de Human Rights Watch sur les droits de l’enfant

Les enfants touchés par la guerre

Survol de la problématique des enfants-soldats par la Coalition to stop the use of child soldiers 

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